Un écran de fumée

Dans une société québécoise de plus en plus aseptisée où l'on mise davantage sur la prise en charge des responsabilités individuelles par l'État que sur la prise de conscience individuelle et sur la responsabilité de chacun de prendre sa vie en main, dans une société où l'on peut voir des publicités sociétales montrant à des parents comment parler à leurs enfants, où les interdits religieux d'autrefois ont été remplacés par une nouvelle morale, celle du politiquement correct, voilà qu'après la pétition de Virginie Larivière contre la violence à la télévision et au cinéma, l'organisation anti-tabac, La Gang Allumée, monte au barricade contre la fumée au petit et au grand écran.
La raison évoquée: voir un acteur fumer au cinéma inciterait les adolescents à commencer à fumer. Une fois de plus il s'agit, en tant qu'individu, de se déresponsabiliser afin de rendre responsable l'Autre, c'est-à-dire dans ce cas-ci l'industrie du cinéma. Les réalisateurs seraient responsable de mettre en scène des personnages qui fument la cigarette à l'écran ce qui aurait pour conséquence funeste de provoquer inévitablement l'envie de fumer chez nos jeunes qui évidemment sont dépourvues de tout libre-arbitre, étant automatiquement programmé à s'allumer une cigarette aussitôt qu'ils aperçoivent leur héros en train de fumer. L'organisme La Gang Allumée est tout simplement en train de nous dire que notre jeunesse québécoise est tellement influençable, tellement mal informé, tellement stupide, dépourvue de toute pensée critique, de tout jugement personnel, qu'elle voudrait enrayer les fumeurs à l'écran, elle voudrait éradiquer la source du mal.
Dans ce cas-ci nous devrions pousser la logique jusqu'au bout, nous devrions interdire à l'ancien guitariste de Guns' n' Roses, Slash, de fumer durant les concerts de son nouveau groupe, Velvet Revolver. Nous devrions également retoucher les classiques du cinéma mettant en vedette James Dean avec une cigarette au bec ou bien les images d'archive de René Lévesque devraient être également victime de la censure, on pourrait mettre par exemple devant sa bouche un petit rectangle noir, question de bien caché cet objet du démon.
Évidemment pour les jeunes de cet organisme, il ne s'agit pas de dire aux artisans du cinéma et de la télévision d'interdire à jamais la cigarette à l'écran. "Ce qu'on veut, ce que nous demandons d'une seule voix aux artisans du cinéma et de la télévision québécoise, nous, les jeunes du Québec, c'est de prendre conscience de votre pouvoir d'influence sur nous, les adolescents, de penser à nous avant de mettre ce petit poison blanc à la bouche de vos personnages et de voir s'il n'y aurait pas moyen, dans vos productions, de transmettre les émotions, la personnalité, les comportements de vos héros autrement qu'en utilisant ce vieux cliché de la cigarette..." Autrement dit tenter de culpabiliser (la culpabilité n'est pas disparue au Québec avec l'Église catholique, elle a simplement pris une nouvelle forme à traver le politiquement correct) les créateurs. C'est une manière plus polie de dire qu'on ne veut pas vous dire quoi faire mais que si vous éliminiez définitivement de nos écrans les fumeurs, cela ferait notre plus grande joie, de plus vous pourriez même sauver des vies.
Mais il n'y a pas seulement que le tabac qui est nocif pour la santé. Il y a aussi la drogue et on sait qu'il y a un pourcentage très
élevé de jeunes qui consomment de la drogue. Dans ce cas nous devrions enlever des tablettes tous ces films comportant des "sniffeux" de cocaïne. Donc plus aucun drogué dans nos écrans. La violence maintenant, enlevons la violence, plus de poings sur la gueule, plus d'arme à feu non plus, plus de guerre, plus de meurtre, encore moins de meurtrier avec une cigarette au bec. Que des belles valeurs uniquement, des images montrant une belle famille tranquille sur le bord d'un lac, déjeunant sur l'herbe au son des oiseaux devant un magnifique levé de soleil. Le film qui raconterait l'histoire de cette famille modèle mettant en vedette, je ne sais pas, disons Keanu Reeves, pourrait voir ce bon père de famille attentionné, toujours à l'écoute de sa femme et de ses enfants. Tout le long du film, ce bon père de famille s'amuserait avec ses enfants, ferait du canots avec eux sur le lac, juste devant le chalet, pas une goutte de pluie pour venir ternir ce beau scénario, que du soleil plein la tête, que des arbres, qu'une nature bienveillante et protectrice. Imaginez l'avenir du cinéma mes amis, imaginez les heures de divertissement devant vous. Imaginez un monde parfait.
Source: CNW Telbec

