Lundi 16 Avril 2007

Le Hidjab: Symbole de victimisation

Binsan Mansour (voile) et Zeinab Nasser (casque) (photo de Bernard Brault du journal La Presse)Autre cas de victimisation à la musulmane, le hidjab est devenu, qu'on le veuille ou non un symbole de martyrisation pour certains musulmans du Québec, qui voit dans l'interdiction d'un morceau de tissu, une offense aussi grave que l'interdiction du droit de vote ou le droit tout simplement d'exister.  Il semble clair que certaines communautés musulmanes ne semblent pas vouloir respecter nos lois, nos règlements, nos interdits, tout cela au nom d'une fiction, d'un livre "saint", d'une coutume, d'un anachronisme.  Scandale ! Indignation ! Racisme !

Il est bon de remarquer que non seulement le hidjab n'est pas toléré dans un tournoi de taekwondo mais que le port de la casquette des Canadiens de Montréal non plus.  Et pourtant il existe probablement de jeunes amateurs du Canadien qui ne peuvent porter leur casquette de leur équipe préféré.  Hors il n'existe aucun d'entre eux pour jouer à la victime, car le bon laïque sait qu'il y a des règles à respecter.  Les costumes d'Halloween ne sont tout simplement pas tolérés lors des tournois de taekwondo tout comme lors des tournois de soccer tout comme ils ne sont pas tolérés dans les classes du secondaires.  C'est comme cela les amis, que l'on se le tienne pour dit.

Source: Cyberpresse

Posted by Jean-François Cossette at 23:31:52 | Permanent Link | Comments (6) |
Commentaires
1 - Si DIeu le veut ou plutôt si Julius Grey et la cour suprême le veulent le Hidjab sera toléré ;comme le kirpan à l'école primaire, le turban en moto ou comme le turban dans la GRC le sont déjà. (Comment this)

Écrit par: charitybernhard at 2007/04/17 - 01:37:23
2 - Les combats des femmes
Table ronde
Osire Glacier : doctorante en études islamiques à l’Université McGill; elle étudie les droits humains dans le monde arabe, en particulier au Maroc.
Farida Osmani : titulaire d’un doctorat en sociologie; elle est chargée de projet et responsable du comité des femmes des communautés culturelles à la FFQ.
Naïma Bendriss : titulaire d’un doctorat en sociologie ; elle est chercheure et consultante en développement international, immigration et études ethniques.


La situation des femmes au sein de l’islam fait l’objet de débats passionnés – pensons seulement à la question du voile ou à celle, toute récente, des tribunaux islamiques. Or, ces débats occultent parfois la parole des principales intéressées. Relations a donc convié trois femmes d’origine musulmane à une table ronde afin d’entendre leurs points de vue. Elles partagent avec nous leur regard critique sur la condition des femmes en terre d’islam. Elles nous parlent des luttes des femmes musulmanes d’ici et d’ailleurs, mais aussi de l’image stéréotypée de ces dernières qui est véhiculée en Occident.


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Osire Glacier : Dans les pays musulmans, à côté d’un mouvement féministe qui s’appuie sur le concept universel des droits de la personne, il y a aussi l’islamisme féministe. Des théologiennes musulmanes et féministes relisent le Coran et la tradition. Pour elles, les discriminations envers les femmes sont issues d’une mauvaise interprétation des textes par les hommes; Dieu n’a jamais voulu les opprimer. Des historiennes démontrent aussi que dans la pensée islamique et l’histoire musulmane, des mouvements comme les kharijites (VII e siècle) et les soufis (VIII e siècle) ont prôné l’égalité de tous, y compris des femmes, et que ces idées d’égalité ont été occultées de l’histoire de la pensée mulsulmane. Pour ces intellectuelles, la loi islamique et l’islam, tels qu’on les connaît, sont des constructions politiques qui entraînent l’oppression des femmes.

Farida Osmani : Ces courants féministes ne sont toutefois pas homogènes. Par exemple, le réseau Women Living Under Muslim Laws rejoint les femmes à partir de leurs droits fondamentaux. D’autres courants se prétendent féministes, mais en fait légitiment le discours intégriste. Les projets et les réflexions des pionnières étaient carrément modernistes et séculiers. Elles luttaient pour le droit à l’égalité et l’obtention du droit de vote et ce, bien avant certains mouvements occidentaux.

Naïma Brendiss : Les enjeux féministes dépendent du lieu où l’on parle. En Palestine, en Irak ou au Maroc, ce ne sont pas les mêmes situations politiques. Les priorités, les revendications et les besoins sont donc différents. Il faut toujours se demander : de quelles musulmanes parle-t-on? De quelle société sont-elles issues? Le défi, pour les femmes d’origine arabe ou musulmane, c’est d’aborder les questions liées aux femmes sans nourrir les stéréotypes. Il y a cependant un cheval de bataille commun à toutes dans les sociétés musulmanes : la charia – que ce soit pour l’éradiquer ou pour la réformer, notamment à l’intérieur du code de la famille.

O. G. : Des préjugés existent, tel que celui de la représentation de l’islam comme une réalité monolithique. En islam, il y a tout un spectre de pratiques, allant de l’application rigide de la loi islamique à une perspective juridique pleinement séculière. Il y a la situation extrême de l’Arabie Saoudite, mais il y a aussi le Maroc où fleurissent 30 000 associations civiles, dont un mouvement des femmes très actif. Par exemple, en 1998, toutes les associations de femmes du Maroc ont récolté plus d’un million de signatures pour changer le code de la famille. Cela n’a pas donné de résultat immédiat, mais les femmes ont persévéré et le code de la famille a fini par être modifié en 2004. Voilà un exemple de lutte non violente qui a porté fruit.

Un autre lieu de combat important, c’est celui de l’image des femmes musulmanes ou arabes dans le monde. Ces dernières sont souvent dépeintes comme des victimes passives et démunies. Plusieurs intellectuelles, par leurs travaux et leurs conférences, déconstruisent cette vision stéréotypée et mettent en lumière les résistances de ces femmes.

F. O. : En pays musulmans, les femmes sont partie prenante des luttes et des mouvements populaires et sociaux. Cela est rarement abordé par les analystes occidentaux, parce qu’on pense que le voile empêche les femmes d’agir. Fariba Adelkhah a démontré le contraire dans son livre La révolution sous le voile, femme islamique d’Iran. Pensons aussi à Shirin Ebadi, Prix Nobel de la paix, qui milite dans son pays tout en portant le voile parce qu’elle doit composer avec le contexte iranien. Le Pakistan, le Bengladesh et la Turquie ont même eu des femmes comme chef d’État. Malgré ces avancées, le principal obstacle à la pleine participation citoyenne, c’est le déficit démocratique. Les militants progressistes, hommes et femmes, font souvent face à une terrible répression politique.

N. B. : C’est avec le voile que les femmes algériennes ont mené la lutte contre l’occupation et qu’elles ont transporté les armes. Des associations de femmes dans les pays musulmans travaillent à des questions reliées au développement, à la santé, aux services sociaux, à l’éducation, à la sensibilisation et aux droits des femmes. Des réseaux internationaux sont créés en solidarité avec des groupes de femmes à travers le monde. Ces luttes sont invisibles. On préfère diffuser l’image de femmes saoudiennes enfermées chez elles, sans voix ni droits, ou encore celle de femmes musulmanes décrites dans des livres aux titres accrocheurs comme Brûlée vive, Mariée de force ou Jamais sans ma fille. La « surmédiatisation » de ces images irrite les femmes musulmanes qui ne se voient souvent perçues que comme des victimes.

Pourquoi l’ouverture de la Marche mondiale des femmes, qui avait lieu à Rabat, au Maroc, n’a-t-elle pas été montrée à la télé? Il y a eu plus d’un million de marcheuses et de marcheurs et on n’en a pas parlé! En revanche, on a médiatisé la marche d’opposition de Casablanca, celle des fondamentalistes. Dans LeDevoir, on a vu l’image d’une femme entièrement voilée de noir avec un Coran à la main. Cela stigmatise les femmes musulmanes et est ressenti par plusieurs comme une agression identitaire. Celles qui vivent en Occident font face à un dilemme : comment continuer à travailler et à militer en faveur des droits des femmes musulmanes sans que leur discours soit mal interprété ou récupéré et, ainsi, prêter flanc au racisme? Lorsqu’elles se sentent agressées dans leur identité, certaines musulmanes optent pour un repli identitaire ou adoptent une position défensive – allant parfois jusqu’à défendre des choses qu’elles ne défendraient pas autrement, telle la charia. On a vu ce type d’attitude lors du débat sur l’instauration d’un tribunal islamique en Ontario, à cause du dérapage des discours médiatiques et autres. Par exemple, des gens qui n’avaient jamais milité en faveur des droits des femmes se sont découverts tout d’un coup une fibre féministe parce qu’il s’agissait de musulmanes, mais surtout parce qu’il s’agissait de l’islam!

F. O : Cependant, ce qui est intéressant dans cette lutte contre l’instauration de tribunaux de justice civile basés sur la charia, c’est le leadership qu’a joué le Conseil des femmes musulmanes canadiennes en formant des coalitions locale, nationale, régionale et internationale auxquelles ont participé de nombreuses féministes d’ici. Il faut tabler sur ces solidarités et se battre ensemble pour le droit à la différence et à la liberté d’expression. Il faut aussi se battre contre l’instrumentalisation de la religion qui est faite par des groupes fondamentalistes. Que des musulmans pratiquants veuillent suivre la voie de Dieu – c’est d’ailleurs le sens étymologique du terme charia – c’est leur droit le plus strict. Mais cela doit rester une affaire privée. Beaucoup de musulmans laïques, et en premier lieu des femmes, s’opposent fermement à la codification de cette charia en normes juridiques patriarcales et sexistes, que ce soit dans leur pays d’origine ou en contexte d’immigration.

N. B. : À partir du moment où des femmes s’identifient comme arabe ou musulmane, il y a une incrédulité; comme si ce n’était pas possible de travailler, d’étudier, d’être moderne et d’être musulmane en même temps. Or, on peut être laïque – voire athée – et revendiquer une identité musulmane! Parce que l’islam, ce n’est pas qu’une religion; c’est aussi une culture, une civilisation, une appartenance, un lien affectif. Le voile, par exemple, est un élément fort complexe et c’est ainsi qu’il faut l’appréhender. Toutes les femmes ne le portent pas pour les mêmes motifs. Il comporte plusieurs significations, selon les conjonctures. Il est tantôt imposé par des forces sociales et politiques, tantôt revendiqué comme un choix libre et comme un marqueur identitaire. Il y a des femmes qui ne le portaient pas dans leur pays d’origine et qui se sont mises à le porter en contexte d’immigration. Après les événements du 11 septembre, certaines l’ont porté en solidarité avec les musulmanes qui ont été l’objet de violences physiques et verbales.

O. G. : Il y a des femmes qui ne portent pas le voile et qui sont croyantes et pratiquantes. D’autres le portent sans raisons religieuses : parce qu’il les protège contre le harcèlement dans la rue ou parce qu’il permet de cacher leur condition socio-économique.

F. O. : Le voile est-il un instrument d’oppression? Dans la majorité des cas, la réponse est oui. Surtout dans les sociétés où les femmes n’ont pas de pouvoir ni de liberté. Elles subissent la pression du groupe. Souvent, le port du voile est revendiqué ou imposé aux femmes par des groupes fondamentalistes. L’oppression prend d’ailleurs différentes formes et les hommes eux-mêmes n’y échappent pas. En Afghanistan, ils se sont vus imposé le port de la barbe sous peine de sanctions et de châtiments. Au Maroc, quand il y a eu des manifestations en faveur de la réforme de la moudawana (le code de la famille), les groupes fondamentalistes ont fait une contre-manifestation avec des femmes pour dire : « Voilà, regardez, les femmes n’en veulent pas! » En Iran, des femmes sont élues pour offrir une image de façade « égalitaire », mais elles sont souvent utilisées pour réprimer d’autres femmes.

C’est sans parler des viols collectifs, ces horreurs pratiquées par des extrémistes qui se prétendent musulmans. Ces groupes prônent le retour à la morale et à la pudeur en enfermant les femmes. En même temps, ils manifestent leurs pulsions les plus basses en commettant sur elles des agressions sexuelles. Ils s’attaquent aussi aux intellectuelles, aux ouvrières et aux femmes de ménage qui osent militer ou travailler. On peut comprendre que les gens qui voient cela développent des préjugés. Il faut donc le répéter sans cesse : ce fanatisme n’est ni culturel, ni sociétal. Il s’agit d’une perversion totalitaire de la religion, d’un détournement qui vire au cauchemar.

N. B. : Ces viols sont un véritable crime contre l’humanité. Il faut toutefois éviter de laisser croire que tous les islamistes pratiquent de tels actes.

Un autre élément important à souligner, c’est le combat que mènent les femmes musulmanes contre l’image qui leur est renvoyée d’elles-mêmes; une identité imposée de l’extérieur et dans laquelle elles ne se reconnaissent pas. Elles mettent donc au point – avec la collaboration d’hommes qui sont solidaires de leurs luttes – des stratégies d’action individuelles ou collectives afin de déconstruire cette image.

O. G. : D’une part, il faut savoir que la problématique des femmes musulmanes est liée au colonialisme des XIX e et XX e siècles. Pour justifier leur entreprise et leur domination sur les musulmans, les puissances coloniales utilisaient la pratique du port du voile et la difficile condition des femmes dans les sociétés musulmanes comme de prétendues preuves de l’infériorité de l’islam. Dans leurs luttes nationales, les islamistes ont inversé les rapports de cette thèse colonialiste en affirmant l’importance du port du voile et le retour aux pratiques locales comme forme de résistance à l’impérialisme. La situation des femmes musulmanes arabes est donc liée à ce discours. Il faut se dégager de ces préjugés et de cette récupération. D’autre part, rappelons-nous qu’historiquement, les femmes ont toujours été maltraitées; certaines problématiques de violence et de domination ne sont donc pas spécifiques à l’islam.

Des leaders révolutionnaires en terre d’islam (hommes et femmes) avaient un discours universaliste : ils voulaient la liberté pour les femmes, l’égalité pour tous et le développement de la démocratie dans les pays du tiers-monde. Mais cela dérangeait trop les intérêts impérialistes des puissances occidentales et ces dernières ont tout fait pour les liquider. Si, par la suite, on a vu naître des mouvements islamistes fondamentalistes, il ne faut pas oublier que les politiques des États-Unis, de la France et d’autres pays européens y sont pour quelque chose.

Propos recueillis par Louise Dionne

Référence : Dionne, Louise (table ronde), «Les combats des femmes», Relations, janvier 2006 (706), p. 23-27

http://cjf.qc.ca/relations/archives/themes/textes/femmes/femm_dion_0602.htm (Comment this)

Écrit par: Anonyme at 2007/07/04 - 16:52:36
3 - Le voile et l’Etat laïque
Contre l’interdiction - Contre le voile
Evelyne Accad, Paul Vieille


Au nom de la laicité, on se propose d’interdire le port du voile dans les institutions publiques françaises, en particulier dans les institutions d’enseignement. Qu’est-ce donc que le voile et qu’est-ce que la laïcité ?

Le voile est-il un signe religieux, islamique essentiel ? Certainement non. Les "cinq piliers" de l’islam, tels qu’on les enseigne à tous les musulmans, sont le témoignage de l’unicité de Dieu, la prière, l’aumône légale, le jeûne du mois de ramadan, le pélerinage aux lieux saints de l’islam ; donc rien qui de prés ou de loin évoque une tenue vestimentaire.

Que signifie par ailleurs la laïcité ? Que l’Etat et les institutions d’Etat ne professent aucune religion et non que les citoyens n’aient pas une religion et ne la manifestent pas ; une seule condition, les manifestations ne doivent pas troubler l’ordre public.

Nous nous trouvons donc devant un malentendu ; l’interdiction du voile comme signe d’islam est absurde, privée de sens. Son sens se trouve certainemet ailleurs. Retournons-nous un instant vers l’histoire, et d’abord sur l’histoire des sociétés arabo-islamiques :

Avant, disons, le XX siècle, le voile y est habituellement porté par les femmes, surtout dans les villes, moins dans les campagnes. Dans les villes, l’absence de voile est souvent considérée comme signe de déchéance (prostitution ...), a contrario, le voile signifie la bienséance ; par suite, il protége la femme des conduites impudentes des hommes. Bien des femmes étrangères à l’islam en ont fait l’expérience dans les sociétés arabo-islamiques Ce n’était évidemment pas le morceau d’étoffe qui protégeait, mais ce qu’il représentait dans la société.

Il est de coutume de rapporter le port du voile à un hadith qui recommande aux femmes de la famille du prophète de porter le voile. On comprend que l’usage s’en soit répandu, par imitation, par souci de se rapprocher du prophète, etc. Le voile serait donc tout au plus un signe d’honorabilité, non un signe d’islam essentiel mais un signe secondaire, indiquant le statut de celle qui le porte.

En fait, dans les sociétés méditerranéennes, le voile est une coutume très répandue et très ancienne, antérieure à l’islam (comme beaucoup d’autres coutumes d’ailleurs) ; chaque culture, voire chaque tribu a son genre de voile ; c’est donc aussi un signe d’appartenance qui n’est pas lié à l’islam.

Jusqu’à récemment, dans bien des pays, l’entrée des églises catholiques était interdite aux femmes dont les cheveux n’étaient pas couverts. Et le chapeau à voilette que l’on peut considérer comme un témoin du passé était fréquent dans le sud de la France jusque dans les premières décennies du dernier siècle ; sans parler du voile complet, noir en signe de deuil. Ces signes n’avaient rien de catholique en eux-mêmes, mais s’impliquaient dans la vie religieuse.

Historiquement, dans les sociétés arabo-musulmanes, le voile a parfois pris une signification politique. Anciennement, au Maghreb, sa couleur était signe de mécontentement, de protestation contre le prince inique, qui ne se comportait pas en musulman. Plus près de nous, considérons deux expériences de dévoilement des femmes. Celle de l’Iran : dans les années trente, Réza Chah interdit le port du voile ; il se heurte à un refus collectif radical dans les milieux populaires ; l’abandon du voile est imposé par la contrainte, sitôt la chute de Réza Chah, le voile réapparait.

En Tunisie, dans les années cinquante Bourguiba, arguant du fait que le voile n’a rien d’islamique, prône l’abandon du voile. C’est un succès. Au contraire de Réza Chah, Bourguiba est un leader populaire qui a libéré la Tunisie de la colonisation française, qui a la confiance du peuple tunisien.

Port et abandon du voile peuvent donc être liés au rapport à l’autorité politique. On le voit encore clairement dans la révolution iranienne de 1978-79. Les étudiantes qui dans l’ensemble n’étaient jusque là pas voilées, se revoilent en signe de protestation contre le pouvoir du shah. Khomeyni arrivé au pouvoir décide que le port du voile (du edjab ou voile khomeyni) est une obligation islamique pour les femmes ; en fait, le voilement signe de protestation politique, devient obligation d’Etat. Les tentatives individuelles de rejet du voile, de dévoilement sont violemment réprimées. Du coup, désormais, l’obligation de porter le edjab est symbole de l’absurdité et du désordre du régime islamique ; dans toute manifestation verbale, individuelle de mécontentement, le edjab est le paradigme de decision arbitraire, créatrice de chaos.

Soulignons que la révolution de 1978-79 s’interpréte comme rejet de la hiérarchie patriarcale, allant des pères jusqu’au Shah, à son sommet ; le revoilement révolutionnaire signifiait donc pour les étudiantes et étudiants (qui en ont été le premier moteur), révolte contre le père, libération. Reprenant ce mouvement libre de revoilement, Rhomeyni arrivé au pouvoir rend le port du voile obligatoire ; en fait, il s’agit d’une contre-révolution, du rétablissement d’une société patriarcale dominée par le clergé, où les pères sont remplacés par les cle rcs. Le sens du voile dans la revolution iranienne se retrouve ensuite un peu partout dans le monde musulman : voile et libération ne sont pas contradictoires. Si la norme populaire est le port du voile, bien des femmes musulmanes qui militent pour leur libération portent le voile. Le voile atteste de leur appartenance à la communauté, et c’est de l’intérieur de la communauté qu’elles combattent l’interprétation patriarcale de l’islam.

Ainsi, dans les circonstances actuelles, le voile a souvent pris dans le monde musulman, pour celles qui le portent une signification qui est essentiellement d’appartenance à la communauté. Il n’est pas une obligation étatique, au contraire, il est lié aux familles, à la nation ou à la communauté, différente et opposée à l’Etat. Il n’est pas davantage lié à l’islam. Avant tout signe d’appartenance, selon les circonstances, il peut prendre des sens différents, s’investit de sens en raison des problèmes que l’appartenance rencontre. Dans ce cadre, il est polysémique.

Aujourd’hui, en France, son sens ne peut lui venir que de la relation de la population arabo-musulmane à la société française. De ce coté, on ne peut oublier le très ancien mythe des sociétés colonisatrices, tant la française - dès la colonisation de l’Algérie - que, plus anciennement, l’anglaise : la tâche modernisatrice de l’homme blanc est de libérer la femme de couleur de l’homme de couleur. La rationalité de ce programme peut se dire ainsi : le colonisateur pour parvenir à ses fins - éliminer toute résistance à la domination étrangère - doit désorganiser la société colonisée, détruire sa culture et sa structure sociale, l’une et l’autre dominées par des autorités patriarcales. Il faut réduire socialement et juridiquement, la population colonisée à une collection d’individus. Libérer la femme de couleur veut avant tout dire se débarasser des obstacles culturels, moraux, sociaux auxquels se heurte la colonisation.

La conséquence perverse de ce dessein est le renforcement des institutions patriarcales. Pour résister au colonisateur, les autorités communautaires (sur lesquelles contradictoirement le colonisateur s’appuie d’ailleurs tout en espérant s’en débarasser) s’arc-boutent sur les traditions, et accentuent la subjugation des femmes enjeu de la concurrence, réaffirmant la signification culturelle de leur secondarisation, et renforçant leur contrôle. A la volonté coloniale de libérer la femme, les autorités communautaires répondent : les femmes désirent leur soumission.

Dans ce dialogue qui passe au-dessus d’elles, les femmes sont privées de parole, elles sont sans voix (Gayatari-Spivak "Can the Subaltern Speak ?" ; dans le même sens, voir aussi Nawal El Saadawi, La face cachée d’Eve). Au cours des dernièrs mois, les politiciens français se sont pris au piège.

Un mythe politique moteur de la République française depuis la Révolution est celui du rapport des individus à l’Etat : on s’intègre à la République en tant qu’individu non en tant que membre d’un groupe, d’une communauté. La France est, comme les Etats Unis, un pays de forte immigration (la proportion de résidents d’origine étrangère est équivalente dans les deux pays) mais elle ne reconnait pas en principe l’existence de groupes, de communautés intermédiaires, qu’ils soient religieux, ethniques, corporatistes, etc. L’Etat est, en particulier, laïc, ne professe aucune religion, ne favorise aucune religion ; la religion est affaire individuelle, privée, tous les individus sont soumis à la même loi et égaux devant la loi. Jusqu’à ce jour, ce mode théorique d’intégration à la République a formellement assez bien fonctionné. Le rapport des individus aux institutions ne suppose et ne tolère aucune médiation, et toute affirmation communautaire est mal reçue non seulement par les institutions mais aussi par une population imprégnée du mythe égalitaire.

Ce mythe républicain rencontre cependant le nouveau racisme, est biaisé par lui. Il ne fait aucun doute que l’ancien racisme, le mépris des gens, leur ségrégation en raison de la couleur de leur peau, a sinon disparu, du moins s’est considérablement atténué (voir la fraternté des jeunes des banlieues, voir la coupe du monde de foot-ball gagnée grâce à Zidane comme moment fort de l’atténuation de l’ancien racisme, etc.).

Le nouveau racisme est un racisme culturel. Les cultures seraient des obstacles infranchissables au dialogue, à la compréhension mutuelle, à la cohabitation dans une même société. Elles conduiraient inexorablement au "choc des civilisations" (Samuel Huntington The clash of civilisations). Le choc de « l’Occident » avec le monde arabe serait particulièrement inévitable. Franciser des individus originaires de cultures différentes apparaît alors une nécessité urgente, et, en même temps, rencontrer de formidables obstacles.

Ce nouveau racisme qui ne dit d’ailleurs pas son nom, réactive à l’égard des populations arabo-musulmanes, des sentiments de méfiance et d’hostilité qui datent d’un lointain passé et d’un presque présent. Le passé d’abord de concurrence entre deux grandes religions du Livre, alimentées aux mêmes sources, le christianisme et l’islam, et de l’affrontement militaire des Croisades qui en a pris prétexte du 11ème au 13ème siècle. Ensuite et surtout, le passé de la colonisation et de la décolonisation du Maghreb, de l’Algérie avant tout, qui se sont très mal passées. Passé terrible qui n’est pas encore passé : tout ce qui a trait à la colonisation et à la décolonisation est encore, en large mesure, tabou ; les mémoires aujourd’hui encore sont gelées. S’il est en France une culture stigmatisée, satanisée, c’est certainement la culture arabo-islamique. La société française, si l’on peut dire, tient à l’œil, ses populations d’origine arabe.

Pourtant, lentement les choses changent ; l’année 2003 a vu le dialogue se renouer entre les associations de musulmans de France et le Ministère de l’intérieur. Le statut de la confession musulmane est réaffirmé, analogue à celui des autres confessions (catholique, protestante, juive). Les associations musulmanes sont regroupées en fédérations qui désignent des représentants au Conseil français du culte musulman présidé par le recteur de la grande Mosquée de Paris. Le culte musulman est ainsi légalement reconnu en même temps qu’il est soumis au contrôle commun des associations confessionnelles. La voie est ouverte à l’intégration des musulmans en tant qu’individus dans la société française.

Dans le concret quotidien, l’officialisation de la présence de l’islam en France, ne va cependant pas de soi. La résistance sinon le refus ne viennent pas des autres confessions, des églises chrétiennes notamment, loin de là. Résistance et refus sont inorganisés, exacerbés par le discours du nouveau racisme, ils n’en sont pas moins vifs. Ils viennent de populations qui admettent mal la présence de signes manifestant une différence. Ce qui affirme une présence arabo-islamique est difficilement accepté. Outre qu’il est une star du sport national, Zidane, extérieurement, se distingue peu d’un Français ordinaire ; sa stigmatisation n’a pas été possible. Mais la mosquée, le voile, c’est autre chose ...

Les jeux politiciens ont jeté de l’huile sur le feu. Il était assez simple d’ignorer le voile comme on ignore les petites croix ou la kippa, tout en restant ferme sur, par exemple, la mixité dans les écoles, la participation des filles aux activités sportives, le refus d’exigences particulières dans les hopitaux, etc. Par ailleurs, de faire taire l’intolérance face aux signes d’une différence ; dans une large mesure c’eut-été un travail d’explication citoyenne.

Surtout il eut fallu prendre à bras le corps la lutte contre ce qui, aux yeux des familles arabo-musulmanes pauvres, appelait fondamentalement le voilement des filles : leur protection.

Dans les banlieues, dans les grandes cités, s’est développé au cours des vingt dernières années, un machisme violent, le mépris affiché des jeunes filles par les garçons, une constante violence verbale, les viols. Qui a entendu parler d’une politique de l’Etat à ce sujet, d’une activité quelconque sur cette question de la « Politique de la ville » et de la police, alors que le maintien de la sécurité publique, la répression des troubles à l’ordre public est une tâche essentielle de l’Etat ? On a fait comme s’il s’agissait d’une question privée, et laissé aux familles le soin de régler le problème. Les familles arabo-musulmanes ont réagi à leur manière, activé des instruments de leur propre culture : voilé les filles, disant en quelque sorte, spécialement aux garçons de même origine culturelle : touchez-pas, ces filles sont honorables !

On ne s’est pas préoccupé de la répression de ce genre d’insécurité. On n’a pas davantage multiplié les institutions d’expression des jeunes par le sport, la musique, le tourisme populaire, etc., dans des milieux où le chômage, des jeunes surtout, dépasse très largement la moyenne nationale.

Plus généralement, les gouvernements français des dernières décennies ont été incapables de dessiner un projet d’avenir. Dans les secteurs porteurs du développement des sociétés contemporaines, la France est absente ou en recul : informatique, biologie, génétique, pharmacie, etc. Et la recherche est laissée à l’abandon. Face au changement climatique qui, d’ores et déjà, déséquilibre l’écologie du territoire, une mobilisation générale serait nécessaire ; le mot d’ordre des gouvernants est l’absence, le silence absolus, et la déviation des sentiments de désarroi d’une société triste et sans repères vers des objectifs dérisoires. Un mouvement de protestation sociale de grande ampleur débouche dans un débat sur la suppression du congé du lundi de Pentecôte, une crise majeure de société est réduite à la reprise d’un combat d’avant-hier, celui de la laïcité et à l’interdiction du voile qui n’a rien à faire avec elle !

Le résultat est pervers. Le pouvoir politique s’est immiscé dans un domaine qui n’est pas le sien, a transformé en question d’identité communautaire une question de société, s’est aliéné une partie au moins de la population arabo-musulmane de France dont les sentiment communautaires sont renforcés au moment où l’intégration calmement était en voie de se faire. L’Etat français est responsable de la transformation du voile en symbole d’identité communautaire, non les populations arabo-musulmanes de France.

Dira-t-on que cette conclusion revient à approuver le voile et soutenir le revoilement des jeunes filles arabo-musulmanes ? Rien n’est plus contraire à la logique sociétale : c’est bien la tentative de se substituer aux autorités patriarcales de la communauté, l’interdiction du voile par l’Etat, qui, par contre-coup tend désormais au renforcement de la communauté et au revoilement autoritaire des jeunes filles arabo-musulmanes.

La lutte contre le revoilement, l’abolissement du voile n’en sont pas moins une tâche urgente du mouvement féministe. Reprenons en effet ce qui s’est passé, en France, dans la période présente (au cours des deux dernières décennies). La tendance au revoilement est d’abord venue du souci de protéger les jeunes filles d’un machisme endémique virulent. Autrement dit, les victimes du harassement ont été considérées responsables du désordre dans les rapports entre garçons et filles et il leur a été demandé d’y mettre fin. Conduite apparemment absurde et injuste qui, en fait, n’est que réactivation de mécanismes des sociétés patriarcales méditerranéennes : une connivence existe entre les aînés de famille (les pères, la hiérarchie patriarcale) qui contrôlent l’accès aux femmes (les protègent et en disposent) et les jeunes mâles qui menacent, harcellent ces mêmes femmes. La finalité de cette connivence est la sujetion des femmes, leur objectivation, leur minorisation, leur asservissement aux stratégies familiales.

Le voile n’est que l’aspect extérieur, immédiatement visible de la sujetion et de l’asservissement ; il s’accompagne d’un code de conduite qui commande aux femmes de contrôler leur regard, leurs paroles, leur rire, leurs gestes, de se soumettre à la volonté des hommes, père ou mari, etc. Dans cette perspective, le voile ne peut plus être comparé à d’autres signes extérieurs tels que la croix attachée au poignet ou au cou. Non seulement le voile n’est porté que par les femmes, et donc signe de ségrégation ; il est encore signe d’un ordre patriarcal qui n’accorde aux femmes qu’un statut inférieur.

Fawzia Zouari écrit ce que disent un nombre croissant de femmes arabes (voir, par exemple, certains des films présentés au dernier Festival des films de femmes de Créteil - section Asile/Exil) :

« J’ai traversé les siècles en silence, exclue du cercle du parlant, étouffée par le brouhaha du désir des hommes et de leur commandement. Je n’ai pu m’exprimer que par chuchotement et n’ai bénéficié de complicité que muette. J’ai marché d’âge en âge, de société en société, de génération en génération sans élever la voix. Je devais regarder mourir sans avoir jamais l’occasion publiquement de témoigner. Car de tous temps la place publique fut vide de moi. Les rues ne m’ont vue passer qu’en hâte, silhouette couverte et éphémère, mirage d’existence. Maintenant que je suis sortie je ne rentrerai pas, maintenant que j’ai parlé je ne me tairai pas ».
(Pour en finir avec Shahrazad).

On la dit, dans certaines circonstances, les femmes ont utilisé le voile pour s’affirmer dans l’espace public, pour se libérer. L’acte de revoilement était alors volontaire, autonome, il entrait dans le cadre d’une stratégie librement choisie. Lorsque par contre, le revoilement est dû aux demandes, aux pressions des pères (même si c’est dans la meilleure des intentions, celle de la protection des filles) il retrouve sa dimension patriarcale ancienne, une dimension d’oppression des femmes.

Aux féministes, de combattre le voile par la discussion, la persuasion au nom de l’égalité des filles et des garçons, du refus des ségrégations, du développement personnel des filles, de leur liberté de mouvement, de leur droit à l’expression publique, etc. Aux féministes, avant tout peut-être, de dénoncer le machisme qui rend l’espace public irrespirable.

Sans doute, bien souvent, les luttes des femmes ne peuvent-elles aboutir que par une intervention de l’Etat. Ainsi, cas exemplaire entre tous, au Sénégal, dans les années récentes, les femmes (association Tostan) ont pratiquement réussi à faire disparaître la pratique de l’excision, en ayant finalement recours au pouvoir qui a mis la mutilation génitale des femmes, hors la loi. Mais une chose est d’imposer une décision au pouvoir politique, à la suite d’une campagne d’explication qui a mobilisé des milliers de femmes durant plus de dix ans, autre chose, une démarche politicienne qui prétend imposer d’en haut à une population dominée un choix qui atteint ses modes habituels d’organisation, sans qu’une alternative lui soit offerte.

L’effet sera contraire à celui recherché. Les femmes voilées de communautés machistes réagiront en se repliant sous le voile. Face à l’arbitraire de la domination, elles se replieront derrière le voile de la société patriacale. Un débat véritable, non entre "experts", mais entre celles et ceux pour qui le voile est une question concrète, quotidienne, n’aura pas eu lieu. Souhaitons que ce débat absurde entre politiciens auquel nous avons assisté, ne tarira pas pour longtemps le débat de société parmi les populations arabo-musulmanes, que des féministes parviendront à ouvrir une réflection collective sur le voile, la société patriarcale, le danger d’un repliement sur soi, les conditions d’un dialogue avec les institutions, etc.


http://www.peuplesmonde.com/article.php3?id_article=43 (Comment this)

Écrit par: Anonyme at 2007/07/04 - 16:55:57
4 - Catherine Samary (économiste, Collectif des Féministes pour l’égalité - CFPE, Collectif Une Ecole Pour Toutes etTous -CEPT)

Débats et conflits enrichissants ou destructeurs ?
1°) Je veux partir de la déconstruction d’une vision fausse des conflits récents : l’affaire du foulard islamique aurait fait éclater le mouvement féministe parce que tel était le but caché de celles (ceux) qui l’ont mis en avant ...
a) Le mouvement féministe n’est pas - n’était pas et n’a jamais été - unifié ... Et ce n’est pas en soi un « problème » à la condition de donner « sens » (signification, dynamique) aux désaccords, de les expliciter, dans ce qu’ils ont de plus « intelligents », intelligibles, intéressants pour notre réflexion et mouvement pour un autre monde possible sans oppression... Et non en les caricaturant sans « écoute » :
cf. dans le passé comme le présent : différentialisme versus féminisme de l’égalité ... Féminisme anglo-saxon versus French feminism (cf. l’analyse critique des « grilles » de débats passés et présents par Cynthia Kraus dans Les Cahiers du Genre N°38).
Où sont les « nœuds » - critiques à partir desquels on est « en droit » se « dire » « féministe » - et d’exclure d’autres approches de cette « représentation » ? Cf. de la « biologisation » du « sexe » (des rapports humains) - aux rapports a-sexués comme « norme » ? Diversité des approches possibles rejetant la réduction des femmes à un « objet sexuel », critiquant la sexualité sans amour (prostitution) et sans respect pour l’autre, rejetant la violence, sous toutes ses formes... Critique de la dépendance (matérielle, sociale, intellectuelle, juridique) empêchant la réalité du choix individuel des femmes dans l’amour...
Evolution des perceptions des débats et approches antérieures... Cf. les visions simplistes de la « socialisation » des tâches ; ou présentations unilatérales des « tâches domestiques » et des rapports aux enfants... ou vision de fait « normative » de « la » femme libérée...
Diversité des choix de mode de vie et de sexualité ; diversité des articulations possibles des « contrats » (lois, etc...) protégeant les enfants des comportements irresponsables des adultes ; mais aussi de l’articulation privé/public, prises en charge « sociales » /individuelles des tâches ...
cf. récemment le débat sur la parité - et les chassés-croisés entre universalistes et différentialistes... Le vrai problème : grand écart entre égalité proclamée et réalité. Mais distinction pertinente de Christine Delphy : entre l’égalité d’accès à tous les fonctions (avec les conditions pour y parvenir) et les questions de « représentation » (des femmes par les femmes ???).
cf. enfin l’imbrication des questions sociales, ethnico-nationales, féministes (gender, post-colonial, social studies...) et le « je » final, politique ... L’affirmation de l’individu (homme ou femme) « complet » à différentes facettes, articulées face à une lutte donnée - avec des solidarités évolutives (à géométrie variable selon les contextes et questions soulevées) : est-on « d’abord » femme ? ou travailleuse ? ou noire, maghébine, musulmane, etc...
cf. NPNS et la sélectivité des thèmes traités, et de la façon de les traiter - de la violence et du social ...

b) Où est l’ennemi caché ? L’islamisme ?
Le foulard islamique comme sommet d’un iceberg : une offensive visant à détruire « notre » ( ?) modèle de société ?
Réalité des pratiques et politiques d’oppression des femmes menées au nom de l’islam ; mais aussi, avec ou sans islam (les violences bien « laïques » et athées ! L’évolution toute récente de la législation française ! La réalité de la place de femmes en France... Toute sélectivité de la dénonciation est « inaudible » et contre-productive... L’exigence universaliste féministe impose - comme l’exigence de « justice » et d’égalité - de ne souffrir aucune sélectivité des victimes et des bourreaux...
Donc, aussi : exigence d’une approche globale, articulant différentes facettes et contextualisée :
- des rapports de domination coloniale - de l’instrumentalisation hypocrite de la « cause féministe » par les hommes colonisateurs -cf. Sayad-Bourdieu (1964) sur l’apparition du voile en Algérie... ; et de l’instrumentalisation des femmes par ... les hommes colonisés - MAIS quid des dynamiques de subversion des « significations » avec ou sans voile, pour les femmes ?
- des inégalités au sein des « société d’accueil » - quelle « intégration » proposée et quelles réactions ? cf. Abdellali Ajjat, y inclus l’annexe sur femmes et intégration.
Diversité des approches des sociétés occidentales et de « l’intégration » par les musulmans ... (cf. en France et ailleurs - cf. texte de Yamin Makri) ;
et AUSSI diversité des significations du foulard islamique, pour les femmes qui le portent... Peut-on confondre un foulard qui est imposé et qui impose le repli et la fermeture et un foulard qui est choisi (souvent contre l’avis parents) et qui accompagne l’insertion dans l’école, la vie associative et politique, et l’exigence d’égalité !
Y-a-t-il des « préalables » à l’engagement dans des luttes concrètes qui les sortent précisément de l’enfermement au foyer et dans la procréation : droits des femmes à l’éducation, au travail, à l’avortement et à la contraception... Doit-on être d’accord sur ... tout le reste ? Doit-on avoir fait les mêmes choix personnels ? Est-ce renoncer au féminisme (au nom de l’anti-racisme) de refuser l’exclusion des jeunes filles voilées des écoles publiques ? D’encourager et permettre l’implication de femmes voilées dans des mouvements associatifs luttant sur des droits ?

2°) Des débats enrichissants nécessaires ... et ouverts, avec des croisements sur des questionnements plus larges pour le mouvement altermondialiste :

a) Féminisme, universalisme et diversité des facettes individuelles - un féminisme ouvert à la prise en compte de tous les rapports de domination, quels qu’il soient
Crise des visions passées du « sujet » et des conditions de l’émancipation... Prolétariat homme, blanc, hétéro... Parti unique... Avant-garde parlant « au nom de » et déterminant « scientifiquement » le « bien » de l’humanité ... Remise en cause de l’exploitation capitaliste comme suffisante à l’émancipation humaine - et nouvelles formes d’oppression, de rapport de domination dans le « socialisme réel »...
Choix individuels et collectifs (représentation et démocratie)... Aspect « politique » (universalisme) de la citoyenneté et des élections (contre des partis « ethniques » ou « de femmes ») etc) - mais exigence de prise en compte des discriminations collectives, sociales (avec leurs facettes « ethnico-nationales », de genre, de classe...) contre un universalisme abstrait. De la nécessité de luttes collectives (donc d’associations autonomes) pour imposer la prise en compte des discrimination... Exigence de « nommer »... ce qui doit « demain » disparaître comme « catégorie « à part », discriminée : cf. comment « mesurer » (évaluer) les discriminations sans ... recensement des inégalités « sexuées », sociales, ethnico-nationales... ; comment prendre en compte des exigences... qui n’ont pas le droit de s’exprimer et de « peser » (rapport de force collectif)... Mais respect de la diversité des choix individuels contre une « essentialisation » des catégories collectives imposée de façon normative : ce qu’est être une « vraie » femme (féministe ? « libérée »)/homme ... ; ce qu’est être un « vrai » juif, musulman... ? Ce qu’est être un « vrai » français, croate, serbe, etc... Ce qu’est être un « communiste »...
Quelles réponses aux grands écarts entre égalité proclamée et réalité :
- parité ; quotas...
- « positive action » dite discrimination positive
- quels mécanismes derrière les « inégalités d’accès » à des fonctions - sans forcer à des « représentations » proportionnelles (normatives, donc) dans toutes les fonctions : laisser en dernier ressort jouer le choix individuel - mais le permettre...
Débat ouvert sur les formes et le contenu de la démocratie, pour qu’elle aide à surmonter les inégalités ; « critique » (pas nécessairement remise en cause, mais dépassement des limites) du parlementarisme, etc... Démocratie directe et représentative - prise en compte du partage des tâches domestiques dans la démocratie...
Analyse des expériences et de leurs effets inattendus et pervers...

b) Le féminisme et altermondialisme
« Alter-mondialisme » et élargissement des horizons : critique des prétentions - d’où qu’elles viennent - à « détenir » des modèles satisfaisants... Nécessité d’intégrer au féminisme la dénonciation des relations impérialistes et néo-coloniales, les relations d’exploitation... Ce qui n’impose aucune approche apologétique des mondes dominés ou résistants qui y gommerait les rapports d’oppression des femmes !
La prise en compte de la diversité culturelle et historique et des rapports de domination n’implique pas d’accepter un « relativisme culturel » qui légitimerait l’excision au nom du « droit à la différence ! Mais il n’est pas indifférent de savoir comment on lutte contre l’excision ou l’oppression des femmes, dans telle ou telle société... Aspects endogènes/externes - ni « civilisateurs », ni indifférents...
Pas de « pré-condition » ou de « modèle » pour l’entrée en lutte et la participation aux débats sur une autre monde possible ... cf. Forums sociaux mondiaux et diversité religieuse, culturelle - de l’Inde au Brésil en pasant par l’Europe, els Etats-Unis et l’Afrique... Cf. la plate-forme de la Marche mondiale des femmes...
S’ouvrir à des « entrées » différentes dans les mêmes sujets (analyses critiques des expériences, acquis, contradictions et conflits en « Occident » / pays dits « socialistes » /terres d’Islam... Diversité interne et évolution temporelle (la Grande Bretagne n’est pas la France ni l’Allemagne - ; la Yougoslavie titiste n’est pas l’URSS ; l’Iran n’est pas l’Egypte ou la Turquie... etc..)

c) Féminisme et ordre légal ... dans les diverses sociétés et « modèles » de civilisation : quels droits et responsabilités individuels et collectifs des êtres humains - hommes et femmes ?

Quelle place de la « loi », du juridique - donc des interdits, des limites de la liberté individuelle en matière de sexualité, de mode de vie, de libre expression des idées... Quelle dialectique entre droits et devoirs (responsabilité) - face aux enfants, etc...
Comment « la société » (la loi, mais aussi les services publics, etc) protège les plus faibles (et plus pauvres) - les enfants, les femmes ?
Comment les sociétés humaines « se » protègent et évoluent ... Cf. la violence, l’inceste... Le rôle de l’Etat et la résistance légitime contre les abus de l’Etat, contre les lois injustes...

Bibliographie

Christelle Taraud : Les féminismes en question - Eléments pour une cartographie. Edition d’Amsterdam, 2005

Cahiers du Genre, n° 38 mars 2005, Politiques de la représentation et de l’identité ; recherches en gender, cultural, queer studies
Nilüfer Göle, Musulmanes et modernes - voile et civilisation en Turquie, La Découverte poche (réédition 2003).

Fariba Adelkha, La révolution sous le voile - Femmes islamiques d’Iran, Karthala, 1991

Françoise Lorcerie (sous la dir.), La politisation du voile, en France, en Europe et dans le monde arabe, L’Harmattan, 2005
Mouvements n° 38, mars-avril 2005 Dossier : « La politique républicaine de l’identité »


http://www.france.attac.org/spip.php?article5462 (Comment this)

Écrit par: Anonyme at 2007/07/04 - 17:01:25
5 - L’universalité ? Un objectif en constante construction

par Wassyla Tamzali
Avocate à Alger, ex-directrice du droit des femmes à l’Unesco


Il est amusant de rappeler, dans ce contexte, que les féministes occidentales ont les premières ouvert le feu contre l’universalité, et cela dès le début des années 1970, les années du militantisme radical. De nombreux intellectuels/intellectuelles maghrébins les rejoignent aujourd’hui. Les droits de l’homme, oui... mais. La critique de l’universalité fait l’objet de très nombreux développements depuis une dizaine d’années, ici et ailleurs. Un travail critique qui porte aujourd’hui sur l’ethnocentrisme, comme il a porté hier sur le sexisme des droits de l’homme, sur leur incapacité consubstantielle d’atteindre l’universalisme auquel ils prétendent.
Trop liée à une histoire, à une élite, à une culture, l’universalité des droits de l’homme sécrétée par la culture occidentale ne pourrait contenir la réalité multiple culturelle du monde, comme elle n’a pas su le faire des classes sociales et des femmes. Plus encore, des suspicions et des doutes sont formulés sur la portée morale du mouvement occidental des droits de l’homme, dont fut dénoncé le « double standard » illustré par l’histoire des conquêtes impérialistes au XIX° siècle, et au présent par l’épuration ethnique contre les Musulmans de Bosnie-Herzégovine, ceux du Kosovo, le déni des droits légitimes des Palestiniens, etc. Autant d’arguments d’une injustice contre les pays appartenant à l’islam. La critique des droits de l’homme versus Sud puise dans cette double morale sa raison et ses passions, et révèle le poids de l’identité culturelle, ici chrétienne et occidentale, dans les exigences de la conscience européenne. L’accusation qui est faite aux peuples du Sud de rester prisonniers d’un référentiel culturel pour situer leur place et leur rôle dans le concert des nations est retournée : le poids de l’identité culturelle se fait sentir aussi du côté des Européens, jusqu’à la laïcité dont ils font un credo qui pourrait être désigné avec plus de justesse comme une « catho laïcité » disent-ils ! Voilà de bonnes raisons de délégitimer les droits de l’homme et des femmes.


Nous ne sommes pas des clones
Les tenants du pouvoir, ainsi que les courants conservateurs et intégristes s’engouffrent dans ces questionnements et diabolisent les féministes maghrébines en les assimilant à l’Occident ; ils discréditent leurs actions et les coupent de leur base naturelle en incitant les peuples arabes à rejeter les droits de l’homme - et des femmes - comme une invention qui vient de l’Occident, un Occident qui bafoue les Arabes dans leurs droits et leur dignité. Ils nous rendent complices de cette humiliation.
Longtemps, le mouvement des femmes a été taxé de mouvement occidental. Les féministes maghrébines et arabes sont souvent perçues comme des clones de la civilisation occidentale, et par les Occidentaux aussi, ce qui est le comble ! Je reconnais qu’il devient plus facile de se faire entendre au Maghreb qu’en Europe où nos interlocuteurs/rices ne nous voient pas, car ils sont obnubilés par les discours des femmes voilées et de leurs frères prédicateurs, sortis des campus européens, qui réclament une version islamiste des droits de l’homme, et leur universalité !



http://www.manifeste.org/article.php3?id_article=340
 (Comment this)

Écrit par: Anonyme at 2007/07/04 - 17:04:24
6 - http://www.youtube.com/watch?v=Kf28qgulSNg&mode=related&search= (Comment this)

Écrit par: Anonyme at 2007/07/06 - 10:07:03
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