Enquête dans les mosquées
Le discours extrémiste est double, devant la caméra, devant les médias, les journalistes, les politiciens, devant la foule, la place publique, il y a un discours, un discours qui se veut tolérant, un discours cosmétique, un discours pour en jeter plein la vue et les oreilles à une bande de néophythes et d'incultes qui ne connaissent rien à l'islam et qui se laissent doucement bercer de belles paroles d'une religion qui se veut amour et paix. Tel est le premier discours, tel est le discours auquel Tony Blair a cru comme des millions de personnes en Angleterre. Dans un deuxième temps, il existe un discours caché, le discours des mosquées, des lieux saints musulmans, des lieux soit-disant de culte où des prédicateurs ayant étudié en Arabie Saoudite et fortement inspiré du courant wahhabiste viennent y enseigner à détester les valeurs de leur société d'accueil, les valeurs démocratiques, les valeurs de respect de la différence, de la liberté de religion, d'expression, d'orientation sexuelle, de l'égalité entre les hommes et les femmes. Ce deuxième discours qui se cache, qui se veut un lavage de cerveau, n'est rien d'autre qu'un discours de haine, un discours de propagande, un discours d'endoctrinement.
Je vous présente aujourd'hui un documentaire en trois parties, diffusé au mois de janvier 2007 sur les ondes de Channel 4 en Grande-Bretagne. Ce documentaire, sous-titré en français, gracieuseté de Pistache, s'intitule "Enquête dans les mosquées". On peut y entendre le fanatisme religieux à son meilleur, dans sa plus pure expression. Un journaliste s'infiltre à l'intérieur de quelques grandes mosquées anglaises, dont la mosquée de Green Lane à Birmingham, et nous montre, à l'aide d'une caméra cachée ce qui se dit et se trame derrière les murs des mosquées, véritables pépinières d'extrémistes. À voir absolument.


Le wahhabisme est un énorme problème, et c'est vraiment à combattre. C'est pas l'Islam le problème : ce sont les wahhabites. C'est eux la cible. Mais n'oublions pas que l'Occidentalisation a crée ce wahhabisme qui est, en soi, une réponse à cette hégémonie. (Comment this)
Jean-Guy Vaillancourt est professeur titulaire de socio-logie à l'Université de Mon-tréal. Il a aussi enseigné au Viêtnam et au Brésil. M. Vail-lancourt a publié de nombreux articles et ouvrages, dont le livre Papal Power (1980), qui a été reconnu comme une contribution majeure à la compréhension de la papauté contemporaine.
Comment démêler l'intégrisme, le fondamentalisme et l'extré-misme ? La religion entraîne-t-elle nécessairement la violence ? Que penser de la montée de la droite religieuse aux États-Unis ? C'est sur ces questions et bien d'autres que se penche ici Jean-Guy Vaillancourt, spécialiste des mouvements religieux et du Vatican.
RND. Intégrisme, traditionalisme, fondamentalisme, nous confondons souvent ces termes. Comment y voir plus clair ?
Ces termes se recoupent partiellement et leur sens varie selon les religions et les spécialistes qui les emploient. De manière générale, l'intégrisme (qui se rapproche du traditionalisme) se caractérise par un attachement aux croyances et aux valeurs traditionnelles. Les intégris-tes ont de la difficulté avec ce que la modernité impose à la religion. Ils choisissent donc une époque (celle du petit catéchisme, par exem-ple) et s'y fixent. Les intégristes préfèrent les croyances et les rites anciens, bien que ceux-ci soient très souvent d'importance secondaire, comme l'habillement. L'intégrisme a d'abord été l'affaire des catholi-ques de droite, mais, par extension, il s'est appliqué à d'autres reli-
Jean-Guy Vaillancourt, “L’extrémisme religieux” (2006) 6
gions. En revanche, les fondamentalistes furent d'abord des protestants prônant un retour aux Écritures saintes (la Bible), retour qui repose sur une interprétation littérale et donc parfois biaisée de ces textes. En outre, le fondamentalisme se rapporte parfois aux musulmans qui s'appuient sur le Coran.
RND. Ainsi, l'intégrisme et le fondamentalisme ne se limitent pas à une religion en particulier.
C'est exact. Ils désignent des orientations idéologiques, sociologi-ques, religieuses et politiques présentes au sein de chacune des gran-des religions, qu'elles soient abrahamiques (christianisme, judaïsme et islam) ou orientales (hindouisme, sikhisme et shintoïsme). Cela dit, les fondamentalistes sont souvent des évangélistes protestants, alors que les intégristes sont plutôt des catholiques et des islamistes. Par ail-leurs, l'intégrisme et le fondamentalisme apparaissent sous diverses formes à l'intérieur même des grandes religions et de leurs divisions. Par exemple, au Québec, les Bérets blancs et les Apôtres de l'amour infini font tous deux partie des intégristes catholiques. 'Seulement, alors que les premiers ne remettent pas en question leur appartenance à l'Église romaine, les seconds sont gouvernés par leur propre pape et sont plus extrémistes que les Bérets blancs.
RND. Quelle signification donnez-vous aux termes extrémisme et radicalisme ?
Comme en politique, on peut situer l'ensemble des idéologies reli-gieuses sur un axe formé de trois cercles qui se recoupent partielle-ment : la droite, le centre et la gauche. Cet axe correspond à la posi-tion prise par rapport aux valeurs dans le temps. Le philosophe Gaston Fessard classe ces valeurs comme étant celles qui « ne sont plus là », « sont encore là », « sont déjà là » et « ne sont pas encore là ». Plus une religion se situe à droite sur cet axe, plus elle est conservatrice, à la limite réactionnaire, et se réfère à des valeurs anciennes. Ainsi, vous aurez compris que les intégristes et les fondamentalistes sont des groupes religieux de droite ou d'extrême droite. En revanche, une reli-gion qui tend vers la gauche est plutôt libérale ou même progressiste, et favorise des valeurs universalistes et plus ouvertes. Les radicaux et les extrémistes se retrouvent aux extrémités droite ou gauche de cet axe. Ce sont des groupes qui utilisent parfois la force, la violence pour promouvoir leur message religieux. Attention, cependant : même s'il peut s'avérer utile de faire appel à ce genre de typologies pour mieux nous situer dans ce domaine complexe qu'est l'étude des religions, il convient d'en user avec parcimonie. Lancer des épithètes n'aide en rien à la connaissance des groupes religieux. Il est préférable de les observer directement tout en étudiant leur histoire, leur culture et le contenu de leur message pour bien saisir l'ensemble des phénomènes qui les concernent.
RND. Sans verser dans la catégorisation, se pourrait-il qu'à l'heure actuelle l'ensemble des groupes religieux se retrouvent surtout à la droite de cet axe dont vous parlez ?
Oui, ils le sont, mais pas nécessairement. Nous avons cette impres-sion parce que les militants de droite sont plus visibles, qu'ils s'affi-chent davantage. La religiosité progressiste est moins évidente, plus discrète. Les groupes religieux de gauche sont plus hésitants à pro-mouvoir publiquement leurs valeurs. Ceux-ci ne s'affichent pas comme étant religieux au sens traditionnel du terme. Ils se manifestent souvent dans le cadre d'un mouvement spirituel en accord avec des valeurs religieuses, même si ces dernières ne nous apparaissent pas comme telles. Les questions d'éthique, de droits de la personne, d'éco-logie et de solidarité internationale que défendent les militants des mouvements verts et de paix font partie de ces valeurs.
RND. Cela signifie-t-il pour autant que la situation des reli-gions dans le monde contemporain est précaire ?
Non, malgré le grand mouvement de sécularisation des dernières décennies, on ne peut pas dire que la religion ait été totalement éva-cuée par la modernité. Nous assistons même à un certain retour de la religion que l'auteur Gilles Kepel appelle la « revanche de Dieu ». Ainsi, dans le monde actuel, le rapport de l'humain avec le sacré de-meure au coeur de sa quête de sens. L'expérience religieuse répond aux insécurités, aux attentes psychologiques, et à la recherche identitaire des populations qu'ont entraînées le nouvel oecuménisme et l'effrite-ment des valeurs. La religion se veut aussi un cri de protestation et une revendication de justice. Elle persiste et perdure. Seulement, elle se transforme et nous apparaît sous de nouvelles formes.
RND. Y a-t-il des affiliations possibles entre les divers groupes religieux ?
À l'heure actuelle, on assiste à des efforts de regroupements offi-ciels de la part de membres d'églises théologiquement semblables, tant à droite qu'à gauche. Par exemple, de plus en plus de gens travaillent à rapprocher les catholiques, les protestants et les orthodoxes pour minimiser les forces de division présentes au sein du christianisme. Pour ce faire, ceux qui sont en faveur de ces regroupements rappellent aux chrétiens qu'ils sont tous fils et filles du même Dieu et ils misent sur leur foi commune en Jésus-Christ. Ces affiliations ont pour but pre-mier l'unité religieuse de tous les chrétiens et peuvent même viser le rassemblement de ceux-ci avec les autres religions abrahamiques et orientales. À ce titre, Jean-Paul II, qui croyait fortement dans le fait que nous venons tous de Dieu, se réunissait régulièrement à Assise avec les chefs de différents groupes religieux.
RND. Des alliances entre divers groupes fondamentalistes pro-venant de religions différentes sont-elles aussi possibles ?
Oui, elles le sont, et ce, même lorsque leurs croyances sont très dif-férentes à la base. Par exemple, les fondamentalistes protestants, qui d'ailleurs ont entre eux des points de divergence, ne s'entendent pas de prime abord avec les fondamentalistes islamiques : pour les premiers, Jésus est le Sauveur alors que, pour les autres, il est un simple pro-phète. Pourtant, ces deux groupes peuvent collaborer lorsqu'il s'agit de militer contre les mariages gais et l'avortement. Les manifestations « provie » sont le lieu de rencontre de divers groupes religieux fon-damentalistes et intégristes qui s'entendent sur cette cause particulière. Dans le même ordre d'idées, mais de l'autre côté de l'axe idéologique, l'ensemble des chrétiens progressistes approuvent les enseignements sur la, non-violence du dalaï-lama et soutiennent son message huma-niste. Ainsi, quand il est question de s'entendre sur des valeurs com-munes et de les promouvoir, il arrive que plusieurs religions appa-remment différentes se rejoignent.
Born Again Christian
Fondamentalistes chrétiens évangéliques.
Ils seraient 80 millions aux Etats-Unis et
ils représentent donc le tiers des électeurs
RND. Puisqu'il en est question, la droite religieuse effectue-t-elle une remontée très importante aux États-Unis ?
Depuis longtemps, surtout à partir des années 20, une alliance se préparait entre la droite chrétienne et les républicains chez nos voisins du Sud. Par la suite, le mouvement évangélique conservateur s'est vé-ritablement organisé en ce sens. Il a créé des institutions, a mis au point des stratégies et a fait pression sur le Parti républicain pour le pousser de plus en plus à droite. Avant cela aux États-Unis, il y avait comme c'est encore le cas chez nous, davantage de séparation entre l'Église et l'État. Mais en ce moment, la droite religieuse états-unienne cherche à éliminer cette séparation par toutes sortes de moyens. Nos-talgique du passé et de la foi basée sur une interprétation littérale de la Bible, elle cherche à établir une théocratie fondamentaliste gouvernée par ce qu'elle appelle une « majorité morale ».
RND. Devons-nous craindre cette montée de la droite aux États-Unis ?
Il est évident que les républicains sont incrustés pour un bon mo-ment dans le gouvernement de leur pays. Ils ont enfin le contrôle du Sénat, du Congrès, de la Cour suprême et de la Maison-Blanche. Au-paravant, le partage du pouvoir politique chez nos voisins était plus équilibré. Aujourd'hui, ceux-ci se situent à un point tournant par rap-port à cette réalité. En ce sens, les prochaines élections seront déter-minantes. Les démocrates seront-ils capables de s'unir ? Trouveront-ils le candidat idéal pour les représenter ? Qui succédera à Bush ?
L’avenir des États-Unis dépend de tout cela. Par ailleurs, il arrive souvent qu'une tendance ayant atteint son apogée soit suivie d'un re-tour du balancier. Considérant cela, il convient de se méfier de la montée de la droite, aux États-Unis, mais je serais surpris que ce mouvement progresse beaucoup plus.
RND. Le Canada est-il touché par cette montée de la droite re-ligieuse ?
Nous pouvons associer l'élection de Stephen Harper à un bon coup de barre vers la droite au Canada. Au cours des dernières années, les idées de la droite religieuse ont fait du chemin dans l'Ouest du pays. Les conservateurs y sont en expansion.
La totalité des députés albertains fédéraux sont membres du Parti conservateur, ce qui d'ailleurs n'est pas un hasard. L'Alberta est la province canadienne où l'on compte le plus de citoyens d'origine amé-ricaine. Le territoire est riche et beaucoup d'Américains s'y établissent à cause du pétrole. Évidemment, nous sommes encore loin au Canada de ce qui se passe aux États-Unis, mais M. Harper et ses conseillers de l'école de Calgary sont de fins stratèges. Il sera donc intéressant de suivre l'évolution des choses. Espérons que la situation ne s'aggravera pas. Heureusement que les gouvernements plus progressistes se mul-tiplient en Amérique latine, ce qui permet un certain rééquilibre en Amérique.
L'école de Calgary
Courant revendiquant l'alignement sur les politiques du Parti républicain américain.
Source : Centre d'études et de recherches internationales de l'Université de Montréal (CÉRIUM).
RND. Le Québec et le Canada pourraient-ils être le lieu de mani-festations extrémistes ?
je ne pense pas. Il y a bien déjà eu chez nous quelques déborde-ments, par exemple avec les doukhobors et les sikhs. je pense aussi, entre autres choses, à la tragédie de l'ordre du Temple solaire, au groupe de Roch « Moïse » Thériault et à certains épisodes antisémites. Mais ces derniers cas demeurent rares et isolés. Au Québec et au Ca-nada, la violence religieuse demeure assez marginale et bien maîtrisée pour le moment.
RND. En quoi consistent les grands défis à venir pour les religions à l'échelle mondiale ?
D'abord, on devra s'assurer d'une tolérance zéro à l'égard de la vio-lence au nom de la religion. Pour ce faire, il ne faudra pas hésiter à réguler le religieux par le politique. Ensuite, il sera important de conserver la laïcité de l'État de même que la séparation de l'Église et de la politique, et cela, tout en ne contrevenant pas aux libertés reli-gieuses. Il n'y a pas de mal à respecter les diverses fêtes religieuses, à permettre même le port du voile chez les musulmanes, comme celui du costume chez les religieuses catholiques. Trop de sévérité quant aux libertés religieuses n'entraînera que des résultats négatifs. Enfin, il faudra éviter de confondre les identités ethnique, politique ou linguis-tique avec l'identité religieuse. Il convient de transcender les luttes fratricides et de s'unifier comme êtres humains au-delà de la religion. Pour ce faire, il est nécessaire d'encourager la tolérance ainsi que le respect entre personnes de religions différentes, et d'assurer un meil-leur dialogue entre les religions.
RND Comment favoriser ce dialogue ?
Sur le plan de l'éducation, il faut préconiser l'enseignement de l'histoire des religions tout comme le développement des savoirs an-thropologiques, sociologiques et culturels qui s'y rattachent. Égale-ment, il est nécessaire pour chacun de bien connaître les religions ac-tuelles ainsi que le rôle qu'elles jouent pour le meilleur et pour le pire sur les plans économique, politique, social et culturel. Les religions font partie du patrimoine collectif de l'humanité. Elles-mêmes et leur histoire n'expliquent pas tout, mais cette connaissance est essentielle pour bien comprendre les grands enjeux du monde contemporain et apprendre comment vivre ensemble dans l'harmonie et la paix.
http://classiques.uqac.ca/contemporains/vaillancourt_jean_guy/extremisme_religieux/extremisme_religieux.pdf
(Comment this)