L'ère de la transparence ou l'art de trancher
Une caractéristique majeure de notre société occidentale est son souci de la transparence, son souci de translucidité, de démasquage. Rien ne doit être caché, tout doit être révélé, nous devons voir à travers les choses, à travers les gens, le mystère est suspect, il faut arriver à tout démystifier. Une limite est maintenant franchie depuis que l'anatomiste allemand, Gunther von Hagens, expose, à l'aide d'un procédé qu'il a lui-même mis au point, la plastination, des parties de corps humains, de véritables corps, tout en muscle, sans aucune peau, montrant par le fait même ce qui se cache derrière l'épiderme (voir présentement l'exposition qui se tient au Centre des sciences de Montréal, le Monde du Corps 2). ll ne s'agit plus cette fois-ci de montrer des organes, des parties de corps en plastique, comme dans les laboratoires de biologie, il s'agit maintenant de montrer de vrais organes, de vraies morceaux de chairs. Une chair découpée en morceaux, des corps mutilés, des corps et des individus qui ont consentis librement à donner leur corps à la science, à exposer leurs membres devant une foule de curieux et de s'ouvrir complètement.
Récemment, j'abordais de manière brève dans un billet sur le plus grand tueur en série de l'histoire canadienne, le psychopathe Robert Pickton, le fantasme du corps morcelé en psychanalyse.
La schizophrénie est la maladie mentale de la division, de la rupture du Tout, d'un sujet qui ne se voit plus comme sujet mais comme objet, le corps étant séparé de l'esprit, le corps se divisant en différentes parties, en différents morceaux, tel un casse-tête, le sujet s'objective, se coupe de lui-même au point de s'auto-mutiler, son corps ne faisant plus partie de lui. Dans le film La Cellule qui met en scène une psyc
hologue (jouée par Jennifer Lopez) qui par un procédé révolutionnaire réussit à s'introduire dans la tête et l'esprit d'un tueur en série, psychopathe, schizophrène, on peut voir dans une scène troublante un cheval entier se faire découper en rondelles. Cette scène s'inspire directement de l'oeuvre de l'artiste contemporain Damian Hirst, le cheval étant cette fois-ci remplacé par une vache dont les morceaux sont conservés dans du formol.
Tout cela pour dire qu'une tendance de l'art contemporain reflète une société de plus en plus divisée, schizoïde, ou l'individu est de plus en plus détaché de lui-même, où il se sent comme une partie et non pas comme un tout. L'exposition du docteur Gunther Von Hagens s'inscrit à mon avis dans cette réflexion sur le corps morcelé.


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